« Projet de vie. » Les institutions adorent l’expression. Elle fait partie de celles que l’on retrouve partout dans les formulaires — c’est vous dire la noblesse de l’intention — et que l’organisation bureaucratique s’approprie jusqu’à les vider de leur sens, et de leur sang.
Le glissement performatif est subtil mais réel : on a gardé le mot, on a perdu la chose.
Car un projet de vie n’existe pas dans les lignes noircies sur le papier. Il existe quand il est partagé, entendu et mis en œuvre.
Et entendre ne veut pas juste dire « lire ». Une promesse (de pro-mittere envoyer en avant) sans moyens se brise dans un mur de glace. Non transformée, l’intention (in-tendere tendre vers un but) devient écroulement.
Un projet de vie, quand il n’est pas entendu, quand il est seulement renvoyé, annihilé, se renverse. Et savez-vous, chères MDPH, ce qu’est l’inverse d’un projet de vie ?
C’est un projet de mort.

