« Etes-vous aidant ? » Pire : « êtes-vous Aidant ? » initie en général la relation, sur les supports d’information officielle.
Traduisez donc que, lorsqu’on est « Aidant », c’est tellement grand et majusculé qu’on n’*est* plus rien d’autre. D’emblée, on vous capture ontologiquement : une activité devient identité, le geste proximal devient Essence.
Surtout quand on connaît la réalité labyrinthique des kilomètres de dossiers et des heures d’appel inutiles, dont la principale fonction n’est pas tant d’aider qui que ce soit, que d’engloutir un peu plus les journées. L’idée est de vous porter au-delà du Temps, dans un ordre supra-luminique. De hisser le défi vers des Olympes qu’aucun humain ne pourra jamais atteindre. « Etre Aidant » c’est un voeu énoncé d’abandon de soi. Une entrée en religion, que dis-je, en Sainteté.
La sacralisation de « l’Aidant » par les institutions et organismes sociaux, leur assignation a une identité vocationnelle, est proprement effrayante. Ce réductionnisme permanent de « l’Aidant » à sa fonction — de la part des structures sociétales, précisément, supposées aider — m’épuise. (Ce qui, convenons-en, n’aide généralement pas beaucoup à se désépuiser.)
L’usage et le détournement abusif du Verbe pour déporter le job sur le missionnaire de service, sacralisé pour l’occasion par sa majuscule, est, certes, un art délicat, du marketing du presque-rien.
Mais il me semble diablement néfaste à l’élaboration d’organisations et de dispositifs sociétaux concrets, fonctionnels et bêtement réalistes, quand on sait, selon les mêmes sources, que 8 à 11 millions de personnes sont concernées.



